L'INFLUENCE DES MISSIONNAIRES SUR LA PRISE DE CONSCIENCE ETHNIQUE ET POLITIQUE DES MONGO (R.D.C.)* 1925-1965 / par Honoré Vinck
Texte repris de: Revue Africaine des Sciences de la Mission (Kinshasa), n. 4, juin 1996, p.131-147 / 19-11-01
"Kilolo is capable of expressing the nicest shades of meaning and is amply adequate, we feel sure, of conveying to the native mind a knowledge of the Great Father's love and of the blessing he has store for them" (J.B. Eddie, An English Kilolo Vocabulary, 1887, p.v.)
1. Les Mongo et les circonscriptions ecclésiastiques
"Les Mongo sont un conglomérat de groupes humains occupant ce qu'on appelle la Cuvette Centrale
Congolaise. Ils ont des structures patrilinéaires et segmentaires. Les ethnologues l'ont appelée
"ethnie". Certains groupes vivent en symbiose avec des pygmoïdes d'origines variées. Tous parlent
des dialectes qui peuvent se référer à une seule langue".
La région a été partiellement touchée par les incursions arabes et un système de traite d'esclaves
orienté vers le Bas-fleuve fonctionnait avant la colonisation. L'occupation coloniale s'est faite à
partir de 1883, mais la pénétration vers l'intérieur a été lente. On peut la considérer comme
accomplie vers 1910. Le peuple Mongo a été gravement atteint dans sa force vitale par le système
léopoldien et décimé en plusieurs endroits à cause de maladies d'importation (maladie du sommeil,
syphilis).
Comme la région se prêtait à la culture de l'hévéa, du café, du cacao, des palmiers, elle fut
livrée à l'exploitation des sociétés : la Société Anonyme Belge (SAB) s'y installa dès 1888 et la
Hume Lever Compagnie à partir de 1920.
L'évangélisation y a débuté en 1883 par les protestants baptistes anglais, vite remplacés par des
baptistes américains (Disciples of Christ) pour la partie sud et par la Congo Balolo Mission
(anglaise) pour la partie nord. Les catholiques ont fait leur entrée avec les Trappistes de l'Abbaye
de Westmalle (Belgique) en 1895, suivis par les pères de Mill Hill en 1905 pour le nord, les
Lazaristes pour les Ekonda et les Ntomba (1928), les Scheutistes pour le reste de la région, les
Passionistes pour les Atetela, les Picpus pour les Ndegese, à des dates variées.
Les Trappistes s'étaient implantés jusqu'à Wafanya, à 700 Km de Bamanya, leur poste d'origine, et
avaient fondé cinq stations, quand, en 1925, leurs Supérieurs en Europe jugèrent la vie missionnaire
incompatible avec leur vocation monastique et mirent fin à leur mission. L'évêque du lieu, Mgr E. De
Boeck fit alors appel aux Missionnaires du Sacré-Cœur. Une dizaine de Trappistes, transférés
canoniquement dans cette Congrégation, reprirent la région érigée en Préfecture Apostolique. Ils
furent rejoints par quelques Missionnaires du Sacré-Cœur rappelés de leur mission d'Océanie.
2. La prise de conscience de l'ethnicité Mongo et les missionnaires
A l'époque des Trappistes, on ne peut rien noter qui puisse être interprété comme un signe de
nationalisme mongo. Ces Moines savaient qu'ils avaient à faire à un seul peuple ou des groupes
apparentés. Et après avoir, les premières années, utilisé la langue de traite, le bobangi, ils
introduisirent partout le lomongo vers 1903. Ils ont commencé timidement l'étude des us et coutumes
de cette contrée. Quelques publications en témoignent.
Les choses vont s'accentuer avec les Missionnaires du Sacré-Coeur. Leur Supérieur ecclésiastique,
le Préfet Apostolique, Mgr E. Van Goethem , averti par 20 ans d'expérience en Nouvelle-Guinée,
s'appliqua spécialement à la connaissance de la langue et des coutumes du peuple et adopta en une
attitude toute positive envers la culture mongo. Ses prises de position n'étaient pas toujours dans
la ligne générale de cette époque où la culture locale était généralement condamnée comme
incompatible avec le christianisme. Il publia lui-même plusieurs études ethnologiques. Dans les
"conférences sacerdotales", il incitait les missionnaires à connaître la langue, à comprendre et à
pénétrer la culture. Mais le grand déploiement de ces études commence avec le Père Gustaaf Hulstaert
arrivé en 1925. Poussé d'abord par l'idée que, pour bien évangéliser, il faut bien comprendre le
peuple, il commence par acquérir une bonne connaissance de la langue, clé de toute relation humaine.
Son tempérament aussi le pousse à connaître et à étudier tout ce qui bouge autour de lui, la nature
et les hommes.
En 1930 arrive le Père Edmond Boelaert. Prêtre depuis 6 ans, il avait déjà déployé une activité
littéraire en Belgique. Il devient professeur au Petit Séminaire de Bokuma.
Hulstaert et Boelaert s'y retrouvent en 1934-1935 et commencent à élaborer un programme pour
l'enseignement en lomongo. Ils forgent une terminologie complète et composent des cours en cette
langue. En 1934, ils rédigent un nouveau catéchisme adapté. L'évêque les encourage. A partir de
1933, Hulstaert se met à éditer des livrets pour les écoles primaires du Vicariat. Dans le Buku ea
Mbaanda (Livre de lecture de 1935), il y aura une leçon de lecture sur "Notre langue". Il s'en prend
ouvertement à la manie de vouloir parler le français ou le lingala. Les enfants y apprennent que
leur langue est une des plus belles du monde et qu'on sait absolument tout exprimer à travers
d'elle. L'histoire des groupes qui composent le peuple mongo y est enseignée selon les connaissances
les plus avancées de l'époque. L'unité des Mongo y est prônée et les différences avec les groupes
environnants nettement affirmées: "Ils ont leurs propres manières. Ils ne sont pas comme nous". Un
peuple voisin est qualifié de "méchant et guerrier". En 1938, au Petit Séminaire de Bokuma, les
séminaristes de Bikoro refusent d'apprendre le lomongo, langue sœur de la leur, et rentrent chez
eux. Les Pères ne s'en font pas : "Ce genre de séminaristes quand même serait devenu de mauvais
prêtres, car sans respect pour le peuple". Et ils maintiennent le cap choisi.
L'administration coloniale ne témoigne pas de respect pour la culture du peuple. Elle impose ses
corvées et ses langues. Les Pères Boelaert et Hulstaert sont traumatisés par les abus du système
colonial qu'ils voient autour d'eux. Ils voient que le peuple se meurt, les Mongo n'ont plus
d'enfants. C'est la dénatalité. Des entreprises coloniales rapaces dépossèdent le peuple de ses
terres ancestrales et recrutent leur main-d'œuvre de force, en invoquant des règlements jamais
appliqués. Elles en arrivent même à déporter des populations entières pour participer à l'effort de
guerre, " une guerre inventée par les Blancs". Boelaert parle de la colonisation comme de la "Peste
blanche". Les Noirs deviennent des déracinés dans leur propre pays. Ils se ridiculisent en imitant
les Blancs et en arrivent même à déprécier leur langue, leurs origines.
Comment contrecarrer cette puissante offensive destructrice? Il faut une puissante contre-offensive
constructive. Où avait-on déja vu cela? "Chez nous en Flandre", disent-ils. Les structures de
domination mises en place par une culture étrangère, dominante (aussi financièrement), y avaient
désintégré la conscience populaire. Ce qui a redressé le peuple flamand, c'est la prise de
conscience de son passé glorieux (mythique et romantique), de sa culture et de sa langue. Ce qui l'a
rendu fort, c'est son unité autour d'un idéal : reconstruire la culture ancestrale. Voilà la
solution. "Soyez Flamand (celui) que Dieu a créé Flamand" se traduit maintenant par : "Soyez Mongo
(celui) que Dieu a créé Mongo". Les missionnaires proclament que l'idéal chrétien et le combat
culturel font un tout. En 1941, Hulstaert avait écrit à Mgr Égide De Boeck:
"Pour moi, tout est un: question linguistique, mission, enseignement, ministère paroissial, politique, etc., tout tourne autour d'un même point et en dépend. C'est le radicalisme du nouveau mouvement que Pie X prévoyait déjà avec son 'Omnia instaurare in Christo'. Vous voyez comment la question linguistique est d'importance et comment elle fait partie de toute une vision du monde; pour moi et pour ceux qui sont de notre tendance, la langue est un élément qui mérite le respect, aussi de la part de l'Église; c'est une valeur, un être entrant dans le dessein de Dieu; quelque chose avec laquelle le peuple même ne peut pas jouer, que les gens aussi doivent conserver, respecter, aimer tout ce qui existe en et pour Dieu; c'est donc un objet de l'amour de Dieu selon le premier commandement; par conséquent un individu ou un groupe n'a pas le droit de changer une langue, comme on n'a pas le droit de faire avec son corps ce qu'on veut".
3. La prédication du réveil mongo
Le peuple est un, la langue est une. On le prouvera par des enquêtes linguistiques et
dialectologiques (à partir de 1937); on dessine des cartes où le territoire mongo s'élargit à chaque
nouvelle parution. Les missionnaires sont secondés par un administrateur qui avait obtenu des
changements des limites administratives pour appuyer leurs thèses: Van der Kerken, l'auteur de la
"bible mongo": L'ethnie mongo (édité en 1946, mais déjà rédigé fin des années 30).
Pour la langue, c'est clair, mais pour d'autres composantes de la culture autochtone , comme la
musique et d'autres expressions artistiques, les missionnaires s'emploieront à le montrer. A.
Walschap assimile admirablement le rythme mongo et recrée, même pour l'église, les airs ancestraux
avec les instruments d'accompagnement appropriés. On essaie de relancer la vannerie traditionnelle
dans les écoles. Elle produit de petites merveilles qui procurent même quelques recettes
(autofinancement avant la lettre). Cela paraît évident aujourd'hui, mais ce ne l'était pas du tout à
l'époque.
Le périodique Aequatoria deviendra un puissant instrument pour propager leurs idées. Lancé en 1937,
il est très vite contesté (1941-42) à cause de ses prises de position contre le lingala de Mgr. E.
De Boeck. En 1945, la revue est menacée de suspension, pour avoir reproduit, sans la permission de
son auteur, une phrase de Monseigneur Dellepiane, le Délégué Apostolique "qui aimait tant le
tralala".
Les Pères y plaident la nécessité de respecter les institutions traditionnelles, même,
provisoirement, celles qui vont à l'encontre des principes chrétiens, car déséquilibrer une société,
c'est ouvrir la porte à la destruction radicale d'un peuple, la dénatalité mongo en était la preuve.
On en est là quand débute la dernière période de la colonisation belge au Congo. Les premiers
fruits commencent à apparaître : à part les réfractaires "françisants", les Frères des Écoles
Chrétiennes, les écoles sont équipées d'une panoplie complète de livrets scolaires en lomongo d'une
grande qualité. La langue est unifiée, sauf celle utilisée par les protestants qui, eux, s'imaginent
mal une culture autre qu'anglo-saxonne. Le diocèse de Basankusu épouse les thèses de Hulstaert. Aux
Ndengese, Mgr Six impose le lingala, et les Atetela ne s'adaptent pas au lomongo de Hulstaert. Les
Lazaristes n'ont jamais utilisé la langue du peuple dans leurs méthodes d'évangélisation. Les
Scheutistes d'Inongo, après quelques tentatives d'utilisation du lokonda/lomongo, se rangent à
l'avis de leur évêque de Léopoldville qui impose la langue de la capitale (+1940). Combattus et
confinés géographiquement, Hulstaert et Boelaert intensifient les efforts avec les publications
locales en lomongo: Le Coq Chante (1936-48), Etsiko (1949-1954), et Lokole Lokiso (1955-1960.62). Ce
dernier lance le défi: "Nous ne sommes pas des Bangala". Enquêtes sur l'histoire, récoltes de
poésies, de fables, de règles du droit traditionnel, se succèdent et sont publiés dans ces
périodiques. Hulstaert commence à préparer l'édition scientifique de ces textes qui feront l'objet
de recherches dans les universités occidentales.
Boelaert est toujours là. Il édite Nsong'a Lianja (1949) et l'appelle audacieusement: "Epopée
nationale mongo". Il est proche de sa question théorique : "Vers un État mongo?". La politique
commence à s'imposer. Hulstaert n'aime pas les évolués-évoluants ("Ces messieurs-là..."), mais il en
envoie quelques-uns chez les Jésuites à Kisantu pour essayer de promouvoir leur formation.
En 1954, Boelaert, rentré en Belgique, essaie d'y influencer les premiers Congolais venus à
l'exposition Universelle de 1958, les stagiaires, les étudiants. Ils parlent de fédéralisme sur base
ethnique. Ses visiteurs ne le contredisent pas, par déférence, mais pensent et agiront autrement
comme l'a bien vu Hulstaert, qui observe l'évolution depuis la barza de la mission de Bamanya.
Entre-temps, Albert De Rop , devenu professeur à l'Université Lovanium, donne au lomongo une place
d'honneur en linguistique africaine. Mais Lovanium compte peu ou pas d'étudiants mongo. Il essaie de
rencontrer et d'encourager les Mongo de Léopoldville, mais leur nationalisme mongo ne fit pas long
feu. Il reconnaissait que les bars de la capitale n'étaient pas des lieux les plus indiqués pour
discuter culture. En 1957, le Père Frans Maes insère dans son livret Histoire des Mongo, un texte de
1938 de Paul Ngoi, contenant un cinglant réquisitoire contre les méfaits de la colonisation: "Les
Blancs ne croient pas que notre culture puisse comporter une seule chose positive". Mais il conclut
sur un ton plus conciliant, par un appel à la compréhension mutuelle:
"A l'issue de la lecture de mon histoire, je comprends maintenant que - et mes ancêtres et les Blancs - tous ont des qualités et des richesses. Maintenant que j'ai compris cela, puissent ces enseignements me conduire dans la vie, dans tout ce qui m'ennoblit et ne m'ennoblit pas. Désormais, moi qui suis né chez les Mongo, je mourrai fort conscient de ce qui suit: essayer de vivre en conformité avec ce que Dieu veut; je serai fier du fait que ma mère m'a mis au monde et m'a fait apprendre avec finesse la langue que mon père m'a apprise à chercher la richesse de Dieu dans les champs, la forêt et la rivière; que ma terre m'offre gracieusement ses plantes, ses animaux et ses poissons. Par conséquent, j'aime infiniment, et je suis très reconnaissant pour:
1. la langue que ma mère m'a apprise;
2. le travail auquel mon père m'a initié;
3. la terre que les ancêtres ont conquise pour moi et qui est un lieu de paix, et pour les autochtones et pour les étrangers et pour la gloire de son Yemekonji (Créateur)".
On est loin de "nos ancêtres les Gaulois". Un moment en 1959-60, le gouvernement de la colonie a même voulu programmer des cours de cultures et de langues africaines dans les écoles secondaires. Il a même été question de faire revenir Boelaert. Mais "les Supérieurs" craignaient ses idées politiques qui n'étaient du goût ni de la classe établie ni de l'archevêque en place.
4. Les réactions
A. Chez les Noirs
1. Négatives
Le nationalisme culturel et populaire des missionnaires a été parfois sévèrement jugé. Entre autre par J. F. Iyeki, Mongo et ancien des Frères des Écoles Chrétiennes qui s'exclamait: "Nous voulons le français dans nos écoles".
"L'anglais et l'allemand sont des langues presque aussi riches et claires que le français. Au contraire, les langues indigènes sont rarement à même de fournir des termes adéquats pour exprimer ce que la langue française formule sans difficulté. Ce n'est pas sans sourire que j'apprenais voici un an qu'un cours de philosophie se donnait en langue indigène dans une certaine école. Avouons-le: le cours de sciences, de géographie, de mathématique se heurtent sans cesse à l'indigence des langues indigènes en termes suffisamment précis, surtout dans ce qui touche le domaine de l'abstrait."
L'attachement au lomongo et aux valeurs culturelles a été quelques fois âprement reproché au groupe autour de Hulstaert, comme un moyen pour exclure les Noirs du progrès et de l'accès au monde moderne et rémunérateur. Ainsi Iyeki de continuer:
"Tant aux yeux de l'administration que dans les rapports entre nous, nous avons tout avantage à acquérir une affinité intellectuelle qui nous permettra de nous assimiler le patrimoine de la civilisation mis à notre portée par les Occidentaux. (…) Il faut combler la distance qui nous sépare encore des Européens, au lieu de l'accentuer en nous refusant à l'étude du français. Il est donc de notre avis que l'étude du français doit être encouragée afin que soit supprimée la barrière qui nous sépare de la civilisation supérieure du monde occidental."
2. Positives
Il n'y a pas de doute qu'un certain nombre de Congolais "évoluants" des années 40-50 ont compris
l'importance et la valeur des attitudes de Boelaert et Hulstaert. En témoignent les lettres envoyées
à la rédaction d'Aequatoria, les prises de position, les discussions et les polémiques dans les
périodiques locaux. Les attaques d'Iyeki ne restaient pas sans réaction. Paul Ngoi et Augustin
Elenga, Ferdinand Ilumbe, Dominique Iloo et bien d'autres ne manquaient pas de mots pour défendre
avec verve leur culture et leur langue.
En 1958, F. Ilumbe publie un texte dans Lokole Lokiso sous le titre "Vivons nos coutumes avant
tout, puis améliorons-les ensuite". En 1962, il répond au défi lancé par Hulstaert en écrivant:
"Nous, vos enfants, nous avons suivi les choses concernant la langue de nos ancêtres depuis Efomesako jusqu'à Lokole Lokiso. Avec cette connaissance nous avons eu des difficultés pour le travail chez l'État et chez les compagnies. Ils n'ont pas voulu accepter notre langue dans l'organisation du travail".
Malgré cet handicap, les plus intelligents avaient compris où était le meilleur investissement intellectuel. Un ancien de Petit Séminaire de Bokuma des années 40 nous témoignait récemment que, pendant ses études d'agronomie à Gembloux, il avait expérimenté l'avantage d'avoir appris auparavant la matière en lomongo, grâce à quoi il n'avait pas seulement appris, mais aussi compris.
B. Chez les Blancs
1. Négatives
Parmi les opposants les plus acharnés, il faut citer, selon le témoignage de Hulstaert, les
"Chers Frères" des Écoles Chrétiennes et les Scheutistes à Lisala et à Léopoldville. Mais il se
trouve aussi des savants occidentaux, appartenant à des cultures dominantes et dévastatrices des
minorités culturelles, qui considéraient les efforts pour respecter ces valeurs humaines les plus
profondes, comme un "parochial nationalism", finalement nuisible. "It seams clear that the
ethnocultural polices and attitudes of the missionaries contributed to the political fragmentation
along ethnic lines which took place in the Congo just prior to and after Independence."
A l'opposé, Fabian reproche justement à l'Église d'avoir aidé l'État dans l'exploitation et la
domination des masses populaires en imposant une langue étrangère, notamment une lingua franca.
2. Positives
Le combat de Aequatoria eut, en son temps, bien des sympathisants. D'abord des amis missionnaires animés du même souci de respecter la culture et l'histoire du peuple: Van Caeneghem chez les Baluba, Van Wing et Bittremieux chez les Bakongo, Tanghe chez les Ngbandi/Ngbaka, sans oublier Tempels. De volumineuses correspondances en témoignent. On continue de se référer à l'œuvre linguistique de Hulstaert et de ses confrères:
"D'accord avec la proposition de la Commission linguistique africaine, nous souhaitons voir dans toute l'étendue de la Cuvette Centrale qu'on prenne comme base (... ) la grammaire, le dictionnaire et les textes des R.P. Hulstaert, Boelaert et De Rop" (Lokole Lokiso, 10 novembre 1962, p. 6).
L'article se réfère à une contribution antérieure parue dans Lokole Lokiso du 1er décembre 1956,
p. 1. 5. 6, laquelle fait état d'une correspondance entre la Commission Linguistique Africaine
(Tervuren) et la Rédaction. En 1955, la Commission lançait un programme d'enquêtes et d'études pour
l'unification des grandes langues culturelles de la colonie. Ainsi par l'intermédiaire de Hulstaert,
la rédaction de Lokole Lokiso était consultée (cf. Archives Aequatoria, boîte 84; fiches 82.
220-318).
A Coquilhatville, dès avant l'Indépendance, les responsables de la Radio provinciale avaient
commencé à insérer des émissions en lomongo.
5. L'indépendance
En 1959, sous l'impulsion de Bolamba, L'union Culturelle Mongo, un groupe pré-politique à
Kinshasa, dévoile son plan d'action avec référence explicite au Père Hulstaert: "On citera
volontiers certains auteurs tels que les RP Hulstaert et Boelaert qui se sont taillés un renom en ce
sens". Un parti politique Union des Mongo (UNIMO) est fondé en 1960 par les politiciens de la
première génération: Bomboko, Engulu, Ndjoku, e.a. Ce parti inscrit la dimension ethnique dans son
programme avec souvent une référence aux publications de Hulstaert. L'idée d'un État mongo prendra
une forme réaliste avec l'érection de l'État de la Cuvette Centrale. Engulu, son président, déclare
le 29-9-1962: "Il appartient donc à l'Union Mongo et particulièrement à ses dirigeants d'élever les
Mongo au rang d'un peuple organisé, respecté, fier et prospère".
Hulstaert continue à recevoir à Bamanya les protagonistes de ces tendances politiques. De Rop
essaie de les influencer à partir de Kinshasa et Boelaert les rencontre en Belgique. Quelques
disciples de Hulstaert, autour de Paul Ngoi et Augustin Elenga, s'efforcent d'exercer une influence
culturelle au sein des structures politiques locales en animant le Département Provincial de la
Culture. Ils fondent en 1962 un Institut Culturel Mongo avec l'idée de le faire évoluer vers une
Académie Mongo. Le Père Hulstaert est sollicité pour en être le conseiller. Ils témoignent: "C'est
une fierté et une chance pour nous d'appartenir à l'ethnie mongo dont la langue a été étudiée dans
ses détails par le R.P. Hulstaert".
En 1965, la Deuxième République, malgré les apparences, ne fera pas grand cas des cultures et des
langues du peuple. Cependant que, dans les écoles de la mission, l'enseignement continuait à être
dispensé partiellement en lomongo et que l'on continuait à prier dans cette langue, la
nationalisation des écoles en 1974 lui donne le coup de grâce : elle impose le programme de l'État,
l'éducation civique, le lingala et le français.
* En 1992, Mr Thomas VAN LANGENDONCK a présenté un mémoire de licence à l'université de Gent (B) sous le titre: "De invloed van de Missionarissen van het H. Hart op het ethnisch bewustzijn van de Mongo (1925-1965)", 207 p., Inédit. J'ai à la fois été impliqué dans l'élaboration de ce texte et je m'en suis inspiré pour cet article. Dans la présente contribution, je mets l'accent sur l'appartenance ecclésiastique des protagonistes.
Ann. Aeq. = Annales Aequatoria